Ursula K. Le Guin – Lavinia

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Titre VF : Lavinia

Titre VO : Lavinia

Auteur : Ursula K. Le Guin

Edition : L’Atalante (2011)

Genre : Historique et un peu de fantasy/fantastique ??

Merci beaucoup à Calypso pour ce livre-voyageur ! 🙂

Quatrième de couverture :

« Comme Hélène de Sparte j’ai causé une guerre. La sienne, ce fut en se laissant prendre par les hommes qui la voulaient ; la mienne, en refusant d’être donnée, d’être prise, en choisissant mon homme et mon destin. L’homme était illustre, le destin obscur : un bon équilibre. »

Dans l’Énéide, Virgile ne la cite qu’une fois. Jamais il ne lui donne la parole. C’est la voix de Lavinia, fille du roi du Latium, que nous fait entendre Ursula Le Guin. Les présages disent qu’elle épousera un étranger venu d’au-delà des mers et qu’ils poseront les fondations d’un grand empire à venir. Enfui de Troie mise à sac, à l’issue d’un long périple, Énée remonte enfin le Tibre…

Mon avis :

Après que ce livre eut récolté quelques avis très enthousiaste, j’étais très tentée par sa lecture. Si au final, j’ai aimé ma lecture, je suis loin d’être aussi charmée que d’autres. Il m’a manqué quelque chose pour vraiment vibrer pendant ma lecture, je n’arrive pas à définir quoi exactement …

Toutefois, je vous conseille ce livre car ces qualités sont assez nombreuses.

Tout d’abord, Lavinia est un livre difficilement classifiable au niveau de son genre. Le contexte est bien sûr historique mais l’aspect fantastique ou fantasy est assez faible en réalité. Il apparait en réalité dans le personnage de Lavinia qui n’est pas réel et dont Virgile donne la « vie », ensuite ça sera Lavinia qui prendra en main ce que son poète lui a donné et décidera de son destin. Avec Lavinia, on assiste à la rencontre d’un personnage et de son créateur et c’est Ursula K.Le Guin qui nous permet d’assister à cette rencontre.  Par ailleurs, une confusion est entretenue et au final, on ne sait plus trop si c’est Virgile qui imagine Lavinia ou si c’est Lavinia qui imagine Virgile. C’est un peu comme Tchouang-tseu qui ne sait plus s’il est un Tchouang-tseu qui rêve qu’il est un papillon ou un papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu.

Ensuite, l’auteur a un style très agréable à lire, poétique qui fait de Lavinia une lecture qui se lit facilement et avec plaisir et j’ai apprécié le fait que passé, présent et futur s’imbriquent les uns dans les autres.

En ce qui concerne les personnages, l’auteur a su créer des personnages entiers et vivants. J’ai beaucoup aimé Lavinia et son père Latinus mais comme c’était sûrement voulu, je n’ai pas aimé Tyrus et Amata. Enfin, Enée est un personnage admirable, fort et humain. Les personnages sont un des points fort du roman et on s’attache à eux assez facilement.

Si j’ai commencé ma lecture avec grand enthousiaste, je me suis un petit peu ennuyée par moment, nottamment lorsque Laurentum est en guerre. Cet ennui a disparu par la suite mais une envie pressente de tourner les pages ne l’a pas remplacé. Au final, Lavinia est une bonne surprise mais comme je le disais au début de mon avis, il m’a manqué quelque chose pour que ce roman me happe vraiment.

Cependant, Ursula K. Le Guin nous livre un très beau portrait d’une femme qui a choisi son destin et je vous conseille ce livre pour ça. Et si vous êtes intéressé par l’époque pré-romaine, ça vous fait une raison supplémentaire.

Et enfin un extrait qui vous parle du livre bien mieux que je ne le fais moi :

 » Je ne mourrai pas. De cela je suis presque certaine. Ma vie est trop contingente pour conduire à l’absolu de la mort. Je n’ai pas assez de mortalité réelle. Je finirais par m’estomper, par me dissoudre dans l’oubli, comme cela me serait arrivé il y a longtemps si l’invocation du poète ne m’avait pas fait accéder à la réalité. Peut-être deviendrais-je un rêve mensonger qui s’aggripe telle une chauve-souris, au revers des feuilles de l’arbre dressé à la porte des enfers, peut-être une chouette qui vole entre les chênes sombres d’Albunea. Mais je n’aurais pas à m’arracher à la vie pour m’enfoncer dans les ténèbres comme lui même a dû s’y résoudre, pauvre homme, d’abord en imagination puis devenu son propre fantôme. Chacun de nous endure dans la mort le destin qu’il s’est fait, m’a t’il dit un jour ; c’est du moins l’une des façons d’interpréter ce qu’il m’a dit. Mais cette attente impuissante et obscure, dans le monde souterrain, jusqu’à l’oubli ou la renaissance, ce n’est pas vraiment exister, pas même exister à moitié, comme moi alors que j’écris ces phrases et que vous les lisez, et c’est bien loin de l’existence éclatante que confèrent ses mots, les mots splendides et vivants dans lesquels j’ai vécu durant des siècles. (…)

S’il me faut continuer à exister au cours des siècles, qu’une fois au moins je me libère et que je parle. Il ne m’a jamais donné la parole. La parole, je dois la lui prendre. La vie qu’il m’a donnée est longue mais petite. J’ai besoin d’espace, j’ai besoin d’air.  (…)

Et tout de même, je crois que parfois que, morte depuis longtemps, je raconte cette histoire depuis une région du monde souterrain que nous ne connaissions pas : un séjour trompeur où l’on se croit vivant, où l’on croit que l’on vieillit et qu’on se rappelle les évenements de sa jeunesse (…)

Comment se fait-il que vous me compreniez, moi, ui ai vécu voici ving-cinq ou trente siècles ? Vous parlez latin ? Puis je me dis que non, ça n’a rien à voir avec le fait d’être mort, ce n’est pas la mort qui nous permet de nous comprendre, c’est la poésie. « 

D’autres avis :
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3 réflexions sur “Ursula K. Le Guin – Lavinia

  1. J’ai beaucoup aimé ce roman aussi. C’est vrai qu’il y a des passages un peu plus lents, voire ennuyeux, que le rythme n’est pas sa caractéristique première. Mais la langue en est tellement belle que je me suis laissée bercer …

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