George Orwell – 1984

Quatrième de couverture :

De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d’en face.

BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de WINSTON… Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens.

Mais les patrouilles n’avaient pas d’importance.
Seule comptait la Police de la Pensée.

Mon avis :

lectureagreable

Attention, cette chronique contient des spoilers. Pour moi, il est difficile de parler et de cerner 1984 sans en révéler certains éléments clés.

« Big Brother », qui n’a jamais lu ou entendu ces deux mots ? Personne. Depuis 66 ans, Big Brother est devenu le symbole du régime totalitaire, de la surveillance permanente, etc … et 1984 figure parmi les classiques de la SF et des romans d’anticipation. Jusqu’à présent, je n’avais pas lu ce roman ou regardé une de ses adaptations. Pour moi, la société décrite dans 1984 était une société totalitaire où les gens étaient en permanence surveillés mais c’est bien plus que ça. La première chose que j’ai remarqué, c’est que la narration n’a absolument pas vieillie bien qu’écrit en 1948, ce roman aurait très bien pu être écrit en 2010. Il n’a pas vieilli et reste accessible au plus grand nombre même si la partie où le roman tend vers l’essai peut en rebuter certains.

Dans 1984, il n’est plus question de l’Europe, de l’Asie ou des Amériques. Les pays anglophones (Royaume-Uni, les Amériques, Australie, N.Z) et aussi la moitié inférieure de l’Afrique sont désormais connus sous le nom d’Océania, l’Europe et la Russie sont l’Eurasia et l’Inde et le Chine sont connues comme l’Estasia. Le reste est revendiqué par les trois autres puissances. Winston, le héros de ce roman, vit en Océania qui est en guerre contre l’Eurasia depuis toujours. Winston est un employé du Ministère de la Vérité, son travail consiste à remanier les archives journalistiques afin de faire correspondre le passé à la version officielle du Parti. Ainsi, si le Parti avait annoncé une hausse de 70 % dans la production d’un produit et qu’en vérité, elle n’est que de 25 %, tous les documents faisant mention de cette estimation de hausse sont modifiés et réimprimés afin de coller à la version du Parti. Il sera impossible de mettre la main sur les anciennes versions. Cette réécriture du passé ne se fait pas seulement sur les documents imprimés, elle se fait également dans la mémoire des personnes. Quand le Parti décide de briser son alliance avec l’Estasia pour se mettre en guerre contre cette dernière, tous les documents sont modifiés afin d’effacer toute ancienne guerre contre l’Eurasia et alliance avec l’Estasia mais les habitants oublient également que la situation n’a pas toujours été comme le Parti le dit. Justement, Winston n’arrive pas à pratiquer cette amnésie sélective et bien qu’il travaille pour le Parti et ne soit pas un rebelle, il n’adhère pas totalement au Parti et à ses idées.

Winston fait la rencontre de Julia, une jeune femme qui travaille aussi pour le Parti mais dans un autre département que lui. Au début, Winston la déteste pensant qu’elle fait partie de la Police de la Pensée (la Police secrète d’Océania). Il se trouve que ce n’est pas le cas et les deux personnages entament une relation amoureuse. Je n’ai pas vraiment trouvé d’intérêt dans le personnage seul de Julia. Pour moi, ce personnage est avant tout l’élément déclencheur dans la lutte de Winston contre le Parti. C’est grâce et avec elle qu’il va passer à l’étape supérieure car il se contentait surtout d’écrire dans un journal. Quand on ne connait pas l’histoire de ce roman, on peut s’attendre à ce que Winston et Julia se lancent dans des actions visant à faire tomber le Parti mais en vérité, ils sont tous les deux arrêtés par la Police de la Pensée avant d’avoir entamé toute action de rébellion.

La fin du roman ne laisse aucune place au doute, elle est pessimiste et n’offre aucun espoir. Les opposants au régime sont traqués mais ils sont surtout convertis aux idées du régime avant d’être un jour exécutés. A la fin du roman, l’homme qu’était Winston au début du roman, ses opinions, ses idées, etc … est un homme qui n’existe plus et si l’auteur ne nous le montre pas, comme tous les opposants avant lui, il sera un jour exécuté et effacé des mémoires. Orwell a écrit 1984 en 1948 et a souhaité avertir les gens sur les régimes totalitaires. Big Brother et sa moustache font penser à Staline, la Police de la Pensée fait penser à la Gestapo et l’antisémitisme d’Océania fait penser à celui du régime nazi. Toutefois, là où Orwell nous avertit, c’est qu’il est très difficile voire impossible de faire tomber un régime totalitaire parfaitement mis en place, dont tous les rouages fonctionnent et qui contrôle tout. La novlangue est justement un aspect de ce contrôle. Comme l’avait déclaré Goebbels : “It would not be impossible to prove with sufficient repetition and a psychological understanding of the people concerned that a square is in fact a circle. They are mere words, and words can be molded until they clothe ideas and disguise.”, les mots peuvent être manipulés afin de transmettre ce qu’on veut qu’ils transmettent. Ainsi, la novlangue par son appauvrissement maximum du vocabulaire a pour but final d’empêcher les gens d’avoir leur propre idée. Alors bien sûr, même si on ne peux plus l’exprimer en pensée, on peut tout de même encore penser, se dire que telle chose nous rend en colère ou triste mais si on ne peut plus l’exprimer avec des mots, comment en convaincre les autres ? Il reste cependant l’art mais un discours est toujours plus efficace et compris par les gens qu’une toile de peinture et même si des milliers de personnes comprennent une toile, il faut des mots pour organiser une résistance. Au final, je pense que les régimes totalitaires se moquent bien que des gens leur soient opposés, ce qu’ils veulent surtout, c’est d’empêcher ces gens de se regrouper et de se donner une force de groupe. Dans 1984, ça passe par la novlangue, par les deux minutes de haine qui focalise l’énergie des habitants sur la guerre et sur l’ennemi du Parti pour les détourner du reste, par les enfants qui sont incités à espionner et à dénoncer leur parents, etc …

Bien sûr, le Parti n’est pas arrivé du jour au lendemain et sa mise en place a dû durer des décennies. Pour le coup, j’aurais bien aimé connaitre la genèse d’Océania, de savoir ce qui a fait démarrer la machine parce que c’est impossible que du jour au lendemain, tous les télécrans ont été installés chez les travailleurs, que les affiches de Big Brother aient été placardées dans la rue, que tous les partis politiques aient été interdits, que tous les documents aient été supprimés et modifiés. Au début, il y a eu une chose qui a sûrement fait tiqué les gens et ainsi de suite, etc … Aujourd’hui, avec Internet, nous sommes surveillés, on peut savoir ce que nous faisons, les cookies sont collectés pour être réutilisés, il y a de plus en plus de caméra dans les espaces publics, la vie privée sur Internet est plus un concept qu’une réalité et avec le Projet de Loi sur le Renseignement qui a été validé par le Sénat, la surveillance massive est désormais légalisée. Bien sûr, notre société n’est pas celle d’Océania mais que se passerait t-il si cet outil de surveillance tombait entre de mauvaises mains ?

Alors lisez 1984, lisez le comme un roman pour vous divertir si vous voulez mais n’oubliez pas que le premier but d’Orwell était d’avertir contre les totalitarismes et la prochaine fois que quelqu’un vous parle du Projet de loi sur le Renseignement, ne dites pas qu’il faut bien lutter contre le terrorisme, ne dites pas que vous voulez bien échanger un peu de liberté contre un peu de sécurité, ne dites pas que vous n’avez rien à cacher parce que vous savez au fond de vous que c’est faux.

D’autres avis :

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2 réflexions sur “George Orwell – 1984

  1. J’en garde un très bon souvenir même si c’est une lecture qui remonte à longtemps. Je me rappelle avoir également trouvé que la fin était des plus pessimistes. A relire !

  2. Un livre à lire ! Il met en lumière certains aspects de notre société et nous montre que ça peut devenir très effrayant. J’aime bien le rapprochement que tu fais avec le PJL Renseignement. Orwell est encore et toujours d’actualité …

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